Les gouvernements de la Caraïbe cherchent à développer le commerce alimentaire intrarégional, mais des liaisons maritimes insuffisantes et coûteuses continuent de limiter le transport des produits agricoles et de la pêche entre les territoires. Les discussions organisées lors de la Caribbean Week of Agriculture 2026, en Jamaïque, ont une nouvelle fois placé le transport maritime, l’efficacité portuaire et la logistique de la chaîne du froid au cœur de l’agenda régional en matière de sécurité alimentaire.
La connectivité maritime revient au centre de l’agenda régional
Floyd Green, ministre jamaïcain de l’Agriculture, de la Pêche et des Mines, a appelé à agir rapidement sur la connectivité maritime régionale le 2 octobre 2026 à Trelawny, en Jamaïque, en amont de la 127e réunion spéciale du Conseil du commerce et du développement économique (COTED) de la CARICOM consacrée à l’agriculture.
Floyd Green a estimé que l’augmentation de la production agricole ne suffira pas, à elle seule, à renforcer la sécurité alimentaire dans la Caraïbe si les producteurs ne peuvent pas accéder efficacement aux marchés voisins.
« Nous devons encore nous attaquer à la question de la logistique maritime. »
Le ministre a déclaré que des connexions plus solides étaient nécessaires pour acheminer les produits à travers la région, identifiant la logistique maritime, aux côtés de l’harmonisation réglementaire et de la disponibilité de la main-d’œuvre, parmi les questions nécessitant encore une action régionale.
Cette intervention est intervenue à la fin de la 20e Caribbean Week of Agriculture (CWA), organisée en Jamaïque du 27 septembre au 2 octobre. Responsables politiques, organisations agricoles, institutions de développement et représentants du secteur y ont examiné les moyens de rendre les systèmes alimentaires régionaux plus résilients et mieux intégrés.
Transporter les produits alimentaires reste aussi important que les produire
La question du transport avait déjà été soulevée lors de l’ouverture de la CWA 2026.
Floyd Green avait averti que les coûts élevés du transport et les difficultés rencontrées pour acheminer les produits agricoles entre les pays de la Caraïbe restaient des obstacles majeurs au développement du commerce alimentaire régional. Il avait notamment identifié le transport maritime, la logistique et les exigences sanitaires comme des contraintes susceptibles de retarder ou de limiter la circulation des produits.
Pour une région insulaire, cette situation crée un défi structurel. Une augmentation de la production sur un marché ne se traduit pas nécessairement par une plus grande disponibilité à l’échelle régionale lorsque les liaisons abordables et fiables avec les autres territoires restent limitées.
La question est particulièrement importante pour les produits agricoles et de la pêche, pour lesquels les faibles volumes expédiés, le caractère périssable des marchandises, les exigences de manutention et le contrôle de la température peuvent rendre les solutions classiques de transport de fret difficiles à mettre en œuvre ou économiquement peu viables.
Alors que la CARICOM cherche à réduire la dépendance aux importations alimentaires et à accroître les échanges entre ses États membres, le système maritime devient donc une composante de l’équation de la sécurité alimentaire, et non plus une simple question de transport.
La CWA place la logistique maritime sous la loupe
La connectivité maritime n’était pas un sujet secondaire lors de l’édition 2026.
Le 29 septembre, la CWA a organisé une session spécifiquement consacrée au thème « Renforcer la logistique maritime pour la sécurité alimentaire et le commerce agricole dans la Caraïbe ».
Parmi les participants figuraient l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture, l’Institut interaméricain de coopération pour l’agriculture, le Caribbean Regional Fisheries Mechanism, l’University of the West Indies, Caribbean Export, la Caribbean Development Bank, la Port Managers Association of the Caribbean et le Secrétariat de la CARICOM, entre autres organisations. La session a notamment examiné la manière dont le fret aérien et maritime pourrait mieux soutenir le commerce des produits agricoles et de la pêche.
La diversité des acteurs présents souligne la complexité du problème. L’amélioration du commerce maritime ne dépend pas uniquement des navires, mais aussi des ports, de la consolidation des cargaisons, du stockage, des procédures douanières et documentaires, des exigences en matière de sécurité sanitaire des aliments et de la disponibilité d’infrastructures fiables pour la chaîne du froid.
Les petites cargaisons et la chaîne du froid entrent dans l’équation
Les programmes régionaux de financement commencent à répondre à certaines de ces lacunes opérationnelles.
Le Regional Food Security Programme de la Caribbean Development Bank (CDB) et de l’Union européenne soutient notamment des projets visant à améliorer la logistique agroalimentaire, l’efficacité portuaire et le transport maritime pour le commerce intrarégional. Ses priorités comprennent les infrastructures de chaîne du froid, l’optimisation des itinéraires et des chargements, la manutention et le stockage portuaires ainsi que la modernisation des services maritimes existants.
Une initiative actuellement menée en Dominique illustre ce que cette approche pourrait signifier concrètement.
La CDB recrute des services de conseil afin d’évaluer la viabilité technique et économique de la remise en état d’une goélette destinée au transport de cargaisons agricoles en groupage, ou less-than-container-load (LCL). La mission comprend également la conception d’une solution modulaire de chaîne du froid et, sous réserve d’une évaluation positive, la préparation et la supervision des travaux de remise en état. La date limite de passation du marché est fixée au 14 octobre 2026.
Pour les marchés de la Caraïbe, les solutions LCL pourraient être particulièrement pertinentes, car les producteurs individuels ou certains territoires ne génèrent pas toujours suffisamment de marchandises pour remplir des conteneurs conventionnels. Le regroupement de petites cargaisons, tout en maintenant des conditions de stockage appropriées, pourrait contribuer à créer des liaisons plus flexibles entre les marchés régionaux.
Le projet mené en Dominique reste toutefois au stade de l’évaluation et ne constitue pas encore un nouveau service maritime régional opérationnel.
Des engagements régionaux aux liaisons opérationnelles
La 127e réunion spéciale du COTED s’est achevée par un appel des responsables de la CARICOM à faire passer les décisions prises pendant la CWA du stade des discussions à celui de la mise en œuvre. Les ministres ont abordé les importations alimentaires, la sécurité sanitaire des aliments, les intrants agricoles, la santé animale et des sols, l’économie bleue et verte ainsi que d’autres priorités régionales, tout en soulignant que les agriculteurs, les pêcheurs et les consommateurs devaient, à terme, bénéficier de résultats concrets.
Pour les acteurs du secteur maritime, le défi apparaît de plus en plus clairement.
La Caraïbe a régulièrement identifié le transport comme un obstacle à l’approfondissement du commerce régional. Le prochain test consistera à déterminer si ce constat se traduit par des capacités de transport maritime fiables, des ports efficaces, des services viables pour les petites cargaisons et des infrastructures de chaîne du froid capables de relier les producteurs aux marchés de l’ensemble de la région.
Sans ces liaisons opérationnelles, l’augmentation de la production alimentaire dans la Caraïbe pourrait ne résoudre que la moitié de l’équation du commerce régional.




