Pourquoi la résilience face aux ouragans devient centrale pour la décarbonation des ports des Caraïbes

décarbonation portuaire

Pour les ports des Caraïbes qui poursuivent la décarbonation, la réduction des émissions n’est qu’une partie de l’équation. Dans les petits États insulaires en développement (PEID) de la région, les infrastructures d’énergies renouvelables doivent également faire face à une autre réalité opérationnelle : les ouragans, l’exposition aux conditions météorologiques extrêmes et la fragilité des systèmes énergétiques insulaires.

Ce défi façonne de plus en plus les types de technologies envisagées pour les projets de transition énergétique maritime dans l’ensemble des Caraïbes. Lors de l’atelier « Progressing Maritime Decarbonisation in St. Kitts and Nevis » organisé dans le cadre de la phase II du programme Global MTCC Network (GMN) de l’OMI et de l’UE, la résilience est apparue comme un thème récurrent, aux côtés de la réduction des émissions et de l’intégration des énergies renouvelables.

Les discussions ont souligné que les ports des Caraïbes pourraient nécessiter une trajectoire de décarbonation différente de celle des grands hubs internationaux — une trajectoire centrée sur des infrastructures modulaires, une ingénierie adaptative et des technologies capables de fonctionner dans des environnements sujets aux ouragans.

Au cœur de ces discussions se trouvait le système d’éoliennes AeroFOLD proposé pour le projet pilote du port en eau profonde de Basseterre, à Saint-Kitts-et-Nevis.

Les ports des Caraïbes font face à un double défi en matière d’infrastructures

Pour la plupart des ports mondiaux, la décarbonation maritime s’articule largement autour d’objectifs de réduction des émissions, de stratégies d’électrification et de carburants alternatifs. Les PEID des Caraïbes, cependant, opèrent sous des couches supplémentaires de vulnérabilité infrastructurelle.

Les ports de toute la région sont fréquemment confrontés à :

  • l’exposition aux ouragans ;
  • aux risques d’ondes de tempête ;
  • à une disponibilité foncière limitée ;
  • à une capacité de réseau limitée ;
  • et à une forte dépendance aux carburants importés.

Dans le même temps, les ports demeurent des infrastructures nationales critiques soutenant le tourisme, les chaînes d’approvisionnement de fret, les importations de carburant et la mobilité inter-îles. Les interruptions opérationnelles peuvent donc avoir des conséquences économiques et logistiques immédiates pour les économies insulaires.

Cette réalité complique le déploiement des énergies renouvelables.

Contrairement aux grands systèmes continentaux capables d’absorber des pertes d’infrastructures ou des pannes à grande échelle, de nombreux réseaux insulaires fonctionnent avec une redondance limitée. Par conséquent, les technologies de transition énergétique déployées dans les environnements portuaires doivent équilibrer les objectifs de décarbonation avec la résilience opérationnelle et la survie des infrastructures.

L’atelier de Saint-Kitts-et-Nevis a reflété cette préoccupation à plusieurs reprises, en particulier lors des discussions concernant le projet de micro-réseau alimenté par des énergies renouvelables du port de Basseterre.

Le projet de Basseterre teste un modèle d’infrastructure différent

Le projet pilote développé dans le cadre de la phase II du programme GMN vise à intégrer la production d’énergies renouvelables directement dans les opérations du port de Basseterre via un système de micro-réseau distribué.

Selon le rapport de l’atelier, le système devrait combiner :

  • la production d’énergie éolienne ;
  • des compteurs intelligents ;
  • des systèmes de surveillance en temps réel ;
  • une gestion intelligente de l’énergie ;
  • et une éventuelle intégration future avec des technologies de stockage et le réseau national.

Bien que le projet en soit encore à une phase pilote et d’évaluation, sa portée plus large réside dans le type de modèle d’infrastructure exploré.

Plutôt que de s’appuyer sur de grands systèmes renouvelables centralisés, l’initiative de Basseterre reflète une approche plus modulaire et adaptée au site, conçue pour des environnements insulaires contraints.

Cette distinction est importante pour les ports des Caraïbes, où :

  • les terrains disponibles sont limités ;
  • l’empreinte des infrastructures est compacte ;
  • et la continuité opérationnelle est essentielle.

L’atelier a également souligné que le dimensionnement final du système et les rendements énergétiques prévus restent dépendants des évaluations des ressources éoliennes en cours et des études de faisabilité spécifiques au site.

AeroFOLD a été conçu en tenant compte de l’exposition aux ouragans

L’un des composants les plus suivis du projet est le système d’éoliennes AeroFOLD développé par SYGTECH.

Lors de l’atelier, le professeur Tarik Ozkul, PDG de SYGTECH, a présenté la technologie comme une solution éolienne légère et modulaire, spécifiquement adaptée aux conditions météorologiques extrêmes courantes dans les PEID.

Selon le rapport, le système intègre :

  • une structure pliable ;
  • un mécanisme d’inclinaison ;
  • une capacité opérationnelle omnidirectionnelle ;
  • ainsi que des fondations simplifiées.

La conception pliable est particulièrement notable dans le contexte des Caraïbes. En permettant d’abaisser les éoliennes lors d’événements météorologiques graves, le système tente de répondre à l’une des préoccupations majeures de la région en matière d’infrastructures renouvelables : la survie face aux ouragans.

Cette philosophie d’ingénierie diffère de celle de nombreux systèmes éoliens conventionnels à grande échelle, conçus principalement pour de grands marchés continentaux présentant des conditions climatiques différentes et une plus grande redondance des infrastructures.

Pour les îles des Caraïbes, cependant, la résilience des infrastructures devient souvent aussi importante que la capacité de production elle-même.

La nature modulaire du système peut également s’avérer pertinente sur le plan opérationnel pour les ports ayant des environnements d’installation contraints, où la disponibilité de l’espace et la complexité de la construction peuvent affecter de manière significative la faisabilité du projet.

La collecte de données façonne désormais la phase de faisabilité du projet

Pour soutenir le programme pilote, le MTCC Caribbean a installé deux systèmes de surveillance du vent à Saint-Kitts-et-Nevis dans le cadre de la phase d’évaluation du projet.

Un système de surveillance a été déployé directement au port de Basseterre, tandis qu’un autre a été positionné sur une colline en hauteur pour collecter des données éoliennes comparatives.

La campagne de surveillance devrait durer cinq mois et soutiendra :

  • l’analyse de la vitesse du vent ;
  • la sélection du site ;
  • l’évaluation de la faisabilité ;
  • et l’optimisation future du système.

Le rapport note également que la planification du projet s’étend au-delà de la seule disponibilité du vent. Plusieurs facteurs opérationnels et infrastructurels sont évalués simultanément, notamment la connectivité au réseau, la logistique d’installation, l’accessibilité, les approbations réglementaires et les contraintes de construction.

Ce processus de planification multidimensionnel reflète la complexité croissante de l’intégration des énergies renouvelables dans les environnements d’infrastructures maritimes.

La décarbonation des Caraïbes pourrait dépendre de plus en plus de technologies adaptatives

Le projet de Basseterre illustre en fin de compte un changement plus large qui émerge dans la planification des infrastructures maritimes des Caraïbes.

Pour de nombreux PEID, les stratégies de décarbonation pourraient dépendre de plus en plus, non pas de la reproduction de grands modèles internationaux de transition énergétique, mais du développement de technologies capables de s’adapter à :

  • l’exposition climatique ;
  • une capacité d’infrastructure limitée ;
  • des environnements portuaires compacts ;
  • et des réalités opérationnelles à petite échelle.

Ce changement pourrait influencer la manière dont les futures technologies renouvelables sont évaluées dans l’ensemble du secteur maritime des Caraïbes.

Alors que les ports régionaux s’orientent vers l’électrification, la réduction des émissions et l’intégration des énergies renouvelables, l’ingénierie de la résilience devient indissociable de la décarbonation elle-même.

Dans les Caraïbes, le succès des projets de transition énergétique maritime pourrait en fin de compte dépendre non seulement de la quantité de carbone que les infrastructures peuvent éliminer, mais aussi de l’efficacité avec laquelle ces infrastructures peuvent résister aux réalités environnementales de la région.

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