L’industrie aérienne considère les carburants d’aviation durables (SAF) comme l’un des principaux leviers pour atteindre l’objectif de zéro émission nette d’ici 2050. Toutefois, une publication réalisée par ALTA en collaboration avec ICF estime que le rythme de déploiement des SAF en Amérique latine et dans la Caraïbe doit tenir compte des réalités économiques de la région afin de préserver la connectivité aérienne.
Selon le rapport, les SAF joueront un rôle essentiel à long terme dans la réduction des émissions du secteur aérien. Cependant, l’association professionnelle souligne que les coûts élevés, la disponibilité limitée et les investissements considérables nécessaires à leur développement pourraient entraîner des conséquences inattendues pour les compagnies aériennes, les passagers et les économies régionales.
Un outil de décarbonation essentiel mais encore difficile à déployer à grande échelle
L’analyse d’ALTA reconnaît les SAF comme l’une des solutions les plus prometteuses pour la décarbonation de l’aviation. Ces carburants ont le potentiel de réduire une part importante des émissions futures tout en permettant aux compagnies aériennes de continuer à exploiter leurs flottes et infrastructures existantes.
Cependant, le rapport rappelle que l’adoption des SAF demeure extrêmement limitée à l’échelle mondiale. Leur utilisation représente actuellement moins de 1 % de la consommation mondiale de carburant aérien, illustrant l’ampleur du défi auquel l’industrie est confrontée.
L’étude estime également que la transition nécessitera entre 224 et 284 milliards de dollars d’investissements soutenus par les pouvoirs publics, mettant en évidence l’ampleur des efforts financiers nécessaires pour accélérer la production et le déploiement de ces carburants.
Le défi de l’accessibilité économique dans un marché sensible aux prix
L’un des principaux messages du rapport est que l’Amérique latine et la Caraïbe restent beaucoup plus sensibles aux prix que de nombreux marchés aériens matures.
ALTA estime qu’un déploiement rapide des SAF sans conditions favorables suffisantes pourrait augmenter les coûts d’exploitation des compagnies aériennes et, à terme, affecter la demande de transport aérien. Selon l’étude, les coûts liés aux SAF pourraient rester entre trois et douze fois supérieurs à ceux du kérosène conventionnel dans certains scénarios.
Pour les passagers, cela pourrait représenter un coût supplémentaire d’environ 43 dollars par siège. Dans une région où la demande de transport aérien continue de se développer et où l’accessibilité tarifaire demeure un facteur déterminant, l’association avertit qu’une hausse des prix des billets pourrait avoir un impact mesurable sur la croissance du trafic.
Des conséquences potentielles sur la connectivité
Le rapport dépasse la seule question économique du carburant et examine les implications plus larges pour la connectivité régionale.
Selon les modélisations d’ALTA, des trajectoires de décarbonation accélérées reposant fortement sur les SAF sans résoudre les problèmes d’approvisionnement et de coût pourraient réduire la demande de passagers jusqu’à 30 %. L’étude évoque également un impact économique potentiel estimé à 156 millions de dollars dans certains scénarios.
Pour une région où de nombreuses communautés, destinations insulaires et économies fortement dépendantes du tourisme reposent largement sur le transport aérien, l’association estime que la connectivité doit rester une considération centrale dans la conception des politiques de décarbonation.
Pourquoi ALTA plaide pour une approche régionale adaptée
Plutôt que de remettre en question l’importance des SAF, le rapport défend une trajectoire pragmatique tenant compte des spécificités régionales.
L’Amérique latine et la Caraïbe partagent l’engagement de l’industrie aérienne en faveur de la neutralité carbone à l’horizon 2050. Toutefois, ALTA souligne que la région fait face à des contraintes structurelles différentes de celles de l’Amérique du Nord ou de l’Europe, notamment un accès plus limité aux SAF, des difficultés de financement et une dépendance plus forte à l’aviation pour le développement économique et la connectivité territoriale.
L’étude conclut donc que les SAF doivent rester un pilier central de la stratégie à long terme du secteur, mais que leur déploiement doit être accompagné de politiques publiques adaptées, de mécanismes d’investissement et de calendriers de mise en œuvre réalistes.
Décarboner sans déconnecter
Le message principal qui ressort de l’étude ALTA-ICF est que la réduction des émissions du transport aérien et la préservation de la connectivité ne doivent pas être considérées comme des objectifs opposés.
Pour l’association, la question n’est pas de savoir si les SAF doivent faire partie de la solution, mais comment la région peut en développer l’usage sans compromettre l’accessibilité économique, la croissance du marché et la connectivité qui soutiennent le tourisme, le commerce et le développement économique en Amérique latine et dans la Caraïbe.



