Les organisations portuaires et du transport maritime ont dévoilé le premier cadre mondial destiné à standardiser les données liées aux escales portuaires, avec pour objectif d’améliorer la navigation de quai à quai (berth-to-berth), d’optimiser les opérations portuaires et de réduire les émissions tout au long de la chaîne logistique maritime.
Un manque de standardisation des données dans les opérations portuaires mondiales
Depuis des décennies, les opérations maritimes reposent sur un ensemble complexe de systèmes de données propres à chaque port. Chaque port dispose de ses propres formats, procédures et bases de données, obligeant les armateurs et les acteurs logistiques à évoluer dans un environnement informationnel fragmenté.
Pour les compagnies maritimes opérant des flottes à l’échelle mondiale, ce manque d’harmonisation crée des défis opérationnels importants. Un navire faisant escale dans plusieurs ports peut être confronté à des structures de données, des procédures de reporting et des sources d’information différentes — allant des cartes nautiques et bases de données portuaires aux agents maritimes et opérateurs de terminaux.
Cette fragmentation complique la planification des voyages, l’attribution des postes à quai et la coordination opérationnelle, entraînant souvent des inefficacités telles que des retards, des déclarations administratives redondantes ou encore une augmentation des risques opérationnels.
Dans ce contexte, plusieurs organisations maritimes travaillent depuis plusieurs années à la mise en place d’une approche commune pour l’échange de données liées aux escales portuaires.
L’initiative Port Call Optimization
Le Port Call Optimization (PCO) Guide, récemment publié, constitue une étape importante dans cette démarche. Élaboré conjointement par l’International Association of Ports and Harbors (IAPH) et l’International Harbour Masters’ Association (IHMA), ce guide propose un cadre unifié pour la communication harmonisée et l’échange électronique de données nautiques et opérationnelles relatives aux escales portuaires.
L’initiative rassemble une large coalition d’acteurs du secteur maritime, notamment des organisations telles que BIMCO, International Chamber of Shipping (ICS), Intertanko et Intercargo, ainsi que des institutions comme la Banque mondiale et The Nautical Institute.
En alignant les pratiques du secteur sur les normes internationales reconnues établies par l’International Maritime Organization (IMO), l’International Hydrographic Organization (IHO) et l’International Organization for Standardization (ISO), ce cadre vise à fournir une base cohérente pour l’échange de données portuaires à l’échelle mondiale.
L’objectif final est de transformer les ambitions de longue date visant à améliorer la sécurité et l’efficacité de la navigation de quai à quai en outils opérationnels concrets pour les ports et les compagnies maritimes.
Un ensemble minimal de données pour améliorer l’efficacité des escales
Au cœur du cadre PCO se trouve un principe simple : commencer par un ensemble minimal de données universellement pertinentes pour les escales portuaires.
Plutôt que de chercher à standardiser l’ensemble des opérations portuaires dès le départ, le guide introduit un jeu de données limité mais à forte valeur opérationnelle, conçu pour soutenir la navigation sécurisée et la planification des opérations.
Cet ensemble de données comprend notamment :
- l’identification des terminaux et des postes à quai
- l’heure prévue d’arrivée au point d’embarquement du pilote
- l’heure prévue de départ du poste à quai
Ces indicateurs fondamentaux fournissent une référence opérationnelle commune pour les ports, les armateurs et les prestataires de services nautiques, permettant une planification plus fiable des mouvements des navires et de la disponibilité des postes à quai.
Cette approche dite “basics first” reflète la reconnaissance par l’industrie que la standardisation mondiale doit commencer par des éléments de données simples et largement applicables, avant d’être étendue à des ensembles de données opérationnelles plus complexes.
Vers des données portuaires interopérables
Un élément clé du cadre PCO repose sur l’utilisation d’Application Programming Interfaces (API) afin de faciliter l’échange électronique de données entre les ports et les acteurs du secteur maritime.
Grâce à ces interfaces, les ports peuvent publier des données standardisées relatives aux escales, accessibles aux compagnies maritimes, aux services hydrographiques et aux autres acteurs impliqués dans les opérations maritimes.
Le cadre s’appuie sur des normes internationales largement adoptées afin de garantir l’interopérabilité entre les systèmes. Par exemple, les normes ISO sont utilisées pour les identifiants de localisation, tandis que les structures d’information nautiques s’alignent sur les modèles de données de l’IHO.
L’objectif est de permettre aux ports de rejoindre un réseau mondial dans lequel les données opérationnelles essentielles peuvent être partagées de manière cohérente, réduisant ainsi la charge administrative liée aux multiples formats de déclaration.
Cette interopérabilité devrait également soutenir la digitalisation croissante des opérations portuaires et renforcer l’intégration au sein de la chaîne logistique maritime mondiale.
Des bénéfices opérationnels et environnementaux
L’harmonisation des données liées aux escales portuaires pourrait générer des améliorations significatives dans l’ensemble du secteur maritime.
D’un point de vue opérationnel, l’échange standardisé de données permet une planification plus précise des arrivées et départs de navires, facilitant l’allocation des ressources portuaires et terminales. Une meilleure coordination entre les parties prenantes — capitaineries, pilotes, opérateurs de terminaux et gestionnaires de flotte — peut également réduire les incertitudes lors des escales.
Pour les compagnies maritimes, une meilleure prévisibilité de la disponibilité des postes à quai peut éviter certaines pratiques inefficaces, comme les navires naviguant à vitesse élevée pour finalement attendre à l’ancre.
Ces gains d’efficacité peuvent aussi avoir des retombées environnementales positives. En réduisant les temps d’attente et en améliorant la planification des voyages, ports et armateurs peuvent diminuer la consommation de carburant et les émissions de gaz à effet de serre associées.
Dans ce contexte, l’optimisation des escales portuaires est de plus en plus considérée comme un levier concret pour améliorer à la fois la performance opérationnelle et la durabilité du secteur maritime.
Premiers tests dans des ports internationaux majeurs
Bien que le guide ait été publié récemment, les principes de l’initiative ont déjà été testés dans plusieurs ports avancés.
Les premières démonstrations d’échange de données port-à-port ont été réalisées entre la Maritime and Port Authority of Singapore et le Port of Rotterdam, illustrant la manière dont les données standardisées peuvent soutenir la coordination entre ports et opérateurs maritimes.
Ces essais ont été présentés lors des réunions du IMO Facilitation Committee, offrant aux acteurs du secteur des exemples concrets de mise en œuvre de données harmonisées dans des opérations réelles.
Les enseignements tirés de ces projets pilotes ont contribué à la conception du cadre final présenté dans le PCO Guide.
Prochaines étapes : vers un réseau mondial de ports
La publication du guide ne constitue que la première étape d’un effort plus large visant à créer un écosystème mondial d’échange de données portuaires.The publication of the guide represents only the first step in a broader effort to build a global ecosystem for port call data exchange.
Des organisations du secteur ont déjà soumis des propositions au IMO Facilitation Committee (FAL) afin de développer davantage les lignes directrices internationales concernant les informations nautiques portuaires et l’échange de données opérationnelles.
Parallèlement, un banc d’essai international basé sur des API est en cours de mise en place afin de permettre aux ports de tester leurs systèmes selon les standards proposés. Les ports qui mettront en œuvre ce cadre pourraient ensuite rejoindre un réseau international où les données d’escale seraient partagées de manière cohérente entre les acteurs maritimes.
Si elle est largement adoptée, cette initiative pourrait transformer en profondeur la manière dont les informations circulent entre ports et compagnies maritimes.
Perspectives
Le Port Call Optimization Guide représente une avancée importante vers une plus grande standardisation des opérations maritimes.
En établissant un cadre commun pour l’échange des données essentielles liées aux escales portuaires, l’initiative vise à corriger les inefficacités de longue date causées par la fragmentation des systèmes d’information à l’échelle du réseau portuaire mondial.
À mesure que les ports adopteront ces standards, l’harmonisation des données portuaires pourrait jouer un rôle déterminant dans l’amélioration de la sécurité de la navigation, de l’efficacité opérationnelle et de la performance environnementale de la chaîne logistique maritime.



