Le Mexique a doublé le montant effectivement appliqué aux croisiéristes étrangers concernés, passant de l’équivalent de 5 US$ à 10 US$ par personne depuis le 1er août 2026. Cette hausse intervient alors que le marché mexicain de la croisière continue de progresser rapidement : les ports du pays ont accueilli 6,5 millions de passagers au premier semestre 2026, soit une hausse de 17,1 % sur un an.
À 10 US$, la taxe reste relativement modeste à l’échelle d’un voyageur. Mais appliquée à plusieurs milliers de passagers, elle devient un élément plus significatif dans l’économie globale d’un itinéraire. Et le niveau actuel ne constitue qu’une étape dans un calendrier qui portera le montant effectif à 15 US$ en 2027, puis à 21 US$ en 2028.
La question n’est donc pas simplement de savoir si 10 US$ représentent un montant élevé. Il s’agit plutôt de déterminer jusqu’où la fiscalité appliquée aux passagers peut augmenter avant de commencer à peser sur l’attractivité relative des escales mexicaines.
Une taxe de 10 US$, avec un passage à 21 US$ déjà programmé
Cette évolution fait suite à la décision du Mexique de supprimer l’exonération dont bénéficiaient auparavant les croisiéristes étrangers au titre du droit lié à l’immigration.
Plutôt que d’appliquer immédiatement le montant légal dans son intégralité, le gouvernement a instauré un mécanisme dégressif de crédit fiscal afin d’introduire progressivement la nouvelle charge. Le montant effectivement appliqué était ainsi équivalent à 5 US$ du 1er juillet 2025 au 31 juillet 2026, avant de passer à 10 US$ le 1er août 2026. Il doit atteindre 15 US$ à partir de juillet 2027, puis 21 US$ à compter d’août 2028.
Une distinction opérationnelle importante doit être soulignée. La taxe n’est pas automatiquement prélevée à nouveau dans chaque port mexicain desservi au cours d’un même itinéraire.
Lorsqu’un passager concerné entre de nouveau au Mexique à bord du même navire au cours de la même croisière, après que le droit a déjà été acquitté lors de la première entrée, le décret prévoit un crédit fiscal de 100 % pour cette nouvelle entrée.
Pour les compagnies de croisière, l’exposition est donc liée aux passagers concernés entrant au Mexique, et non à une simple multiplication de la taxe par le nombre d’escales mexicaines.
La hausse intervient sur un marché en pleine croissance
Le Mexique augmente cette taxe alors que son marché de la croisière affiche une dynamique particulièrement solide.
En 2025, le pays a accueilli 11,2 millions de croisiéristes pour 3 156 escales de navires, soit des progressions respectives de 12 % pour les passagers et de 10,7 % pour les escales par rapport à l’année précédente. La région Golfe-Caraïbe a concentré 7,6 millions de passagers, contre 3,6 millions pour les ports du Pacifique.
La croissance s’est poursuivie en 2026. Au cours des six premiers mois de l’année, le Mexique a enregistré 6,5 millions de passagers et 1 839 escales de navires de croisière. Le nombre moyen de passagers par escale est passé de 3 406 à 3 554.
Cozumel, principale porte d’entrée du pays pour les croisières dans la Caraïbe, a enregistré sur la même période une nouvelle hausse de 10 % du nombre de passagers et de 8,5 % du nombre d’escales.
Juste avant la hausse du mois d’août, Vagner Elbiorn Vega, directeur général de l’autorité portuaire du Quintana Roo, estimait que les inquiétudes concernant la compétitivité de Cozumel et Mahahual s’étaient atténuées à mesure que le trafic continuait de progresser, et que l’introduction progressive de la taxe avait jusqu’à présent permis au secteur de s’adapter.
Cela ne prouve pas que la fiscalité n’a aucun effet. Mais cela montre que la première étape à 5 US$, introduite en juillet 2025, ne s’est pas accompagnée d’une contraction du trafic de croisière au Mexique.
Un faible montant par passager, un impact plus important à l’échelle d’un navire
L’équation économique prend une autre dimension lorsque l’on passe du passager au navire.
En utilisant la moyenne officielle mexicaine du premier semestre 2026, soit 3 554 passagers par escale, un calcul purement illustratif dans lequel chaque passager serait soumis à la taxe aboutirait à environ 35 540 US$ au niveau actuel de 10 US$, lors de la première entrée au Mexique.
À 15 US$, ce montant atteindrait 53 310 US$. À 21 US$, il passerait à 74 634 US$.
Pour un navire transportant 5 000 passagers concernés, la progression irait de 50 000 US$ aujourd’hui à 105 000 US$ au niveau prévu pour 2028.
Ces chiffres ne doivent pas être interprétés comme une perte directe pour la compagnie de croisière. Ils illustrent un principe plus simple : une taxe relativement faible à l’échelle individuelle peut devenir significative lorsqu’elle est multipliée par la capacité passagers d’un navire de croisière moderne.
Mais qui supporte réellement le coût ?
Pour les réservations Royal Caribbean, la taxe mexicaine applicable aux non-résidents est répercutée dans les taxes et frais payés par le passager. Une partie de la question de compétitivité se déplace donc du coût opérationnel de la compagnie de croisière vers le prix total payé par le client. Un supplément de 10 US$ peut avoir une influence limitée sur la décision d’achat d’une croisière de plusieurs jours. Mais les prélèvements publics s’ajoutent au tarif de la croisière, aux vols vers le port d’embarquement, aux dépenses à bord, aux excursions et aux autres frais de voyage.
À mesure que ces différents coûts s’accumulent, la destination doit continuer à offrir suffisamment de valeur pour justifier le prix global de l’itinéraire.
Cette valeur va au-delà du port lui-même. L’étude économique 2023/24 de la FCCA/BREA estimait les dépenses moyennes à terre des passagers à Cozumel à 110,01 US$ par visite, générant environ 391,8 millions US$ de dépenses de passagers sur la période étudiée.
Ces chiffres ne sont pas directement comparables avec la taxe mexicaine. Ils montrent toutefois pourquoi la compétitivité de Cozumel ne peut pas être réduite à quelques dollars de fiscalité par passager. Les compagnies de croisière amènent également leurs passagers vers un écosystème commercial terrestre mature, capable de générer une activité importante dans les excursions, le commerce et l’hospitalité.
La compétitivité ne se résume pas à une taxe par passager
Le secteur a déjà montré que sa sensibilité à la fiscalité pouvait devenir beaucoup plus forte lorsque les montants augmentent.
Lorsque la réforme initialement envisagée au Mexique devait entraîner une charge supplémentaire d’environ 42 US$ par passager, la Florida-Caribbean Cruise Association s’était fermement opposée à la proposition.
La FCCA estimait alors que, combinée aux taxes et frais portuaires existants, cette mesure rendrait une escale au Mexique 213 % plus chère que la moyenne de la Caraïbe, selon ses propres calculs.
Ce chiffre ne peut pas être appliqué à la taxe effective actuelle de 10 US$. Le régime progressif désormais en vigueur diffère sensiblement de la proposition initiale.
Les comparaisons régionales doivent également être maniées avec prudence.
Les Bahamas, par exemple, appliquent une taxe de 23 US$ par passager aux croisiéristes quittant le pays par un port bahaméen, et de 25 US$ dans certaines situations impliquant des destinations privées. Les régimes fiscaux bahaméen et mexicain couvrent des obligations différentes et ne sont donc pas directement comparables.
Cette comparaison montre néanmoins qu’une taxe de 10 US$ par passager ne se situe pas, à elle seule, en dehors des niveaux de taxation déjà observés sur de grands marchés de la croisière.
Les décisions de déploiement des navires dépendent également de la consommation de carburant, de la distance de navigation, de la disponibilité des postes à quai, de la demande des passagers, du potentiel d’excursions à terre, des infrastructures portuaires, de la compatibilité des horaires et de la satisfaction vis-à-vis de la destination.
Le port affichant la fiscalité la plus faible ne remporte donc pas automatiquement l’escale.
Le véritable test reste à venir
C’est pourquoi le niveau actuel de 10 US$ au Mexique ne constitue peut-être pas le point décisif du débat. L’enjeu principal réside dans l’effet cumulatif. La taxe a doublé en 2026, doit encore augmenter de 50 % en 2027 et atteindra 21 US$ en 2028.
Les indicateurs à surveiller ne sont donc pas simplement une éventuelle disparition soudaine des navires de croisière des ports mexicains. Les évolutions de la croissance des escales, les décisions de déploiement des compagnies, les substitutions d’itinéraires, les prix proposés aux passagers et les performances relatives de grandes destinations comme Cozumel et Costa Maya fourniront des signaux plus révélateurs.
Pour l’heure, la croissance du trafic laisse penser que le Mexique conserve un pouvoir de fixation des prix important en tant que destination de croisière.
Le pays tente néanmoins de trouver un équilibre délicat : capter davantage de recettes fiscales issues d’un marché de la croisière en forte croissance sans affaiblir la compétitivité qui génère précisément ces volumes.
La taxe de 10 US$ ne permet pas encore de trancher cette question. La progression programmée vers 21 US$ constituera un test beaucoup plus révélateur.



