L’aéroport Martinique-Aimé-Césaire affiche une croissance de 2,8% en 2025, portée par l’explosion du trafic international (+15% à +37% selon les zones). Mais 2026 marque un tournant : au-delà des chiffres, c’est toute l’expérience passager qui se transforme, tandis que 15 000 panneaux solaires préparent la transition verte. Nathalie Sébastien et Jean-Michel Lucenay ont dévoilé ce 12 février une feuille de route ambitieuse. Une intervention complétée par Sylvain Le Foyer, directeur de la Sécurité de l’Aviation civile Antilles-Guyane, venu préciser les évolutions prévues en matière de sûreté.

Jean-Michel Lucenay (Vice-président Conseil de surveillance), Nathalie Sébastien (Présidente du Directoire) et Sylvain Le Foyer (Directeur Sécurité Aviation civile)
2025 : une croissance portée par l’international
En 2025, la plateforme confirme sa dynamique de reprise avec une croissance globale du trafic (+2,8 % hors transit). Mais derrière cette moyenne, le contraste est net : le segment national reste relativement stable, tandis que l’international enregistre une progression marquée, y compris par rapport à 2019.
La France hexagonale représente toujours 65 % du trafic, mais ce sont l’Amérique du Nord — notamment le Canada — et la Caraïbe qui tirent la croissance.
Cinq nouvelles dessertes ont été ouvertes en 2025 : Québec (à l’année), Sainte-Lucie, Fortaleza (via la Guyane), Saint-Martin et Bordeaux. Cette diversification témoigne d’une stratégie assumée d’ouverture internationale.

Pour Nathalie Sébastien, cette évolution confirme un basculement stratégique :
« La croissance viendra davantage de l’international que du national. Notre rôle est d’ouvrir le ciel de la Martinique au monde, tout en consolidant les flux existants. »
Le Canada s’impose comme un axe fort, avec Montréal, Toronto (saisonnier) et désormais Québec, annoncé à l’année. La connectivité régionale progresse également avec le retour de Sainte-Lucie et le renforcement des liaisons caribéennes.
Le fret affiche également une progression significative, avec près de 13 000 tonnes transportées en 2025 (+27,2 %).
Lutter contre la saisonnalité : un enjeu territorial
Au-delà des chiffres, la question de la saisonnalité reste centrale. L’aéroport reconnaît que l’activité demeure concentrée sur certaines périodes, ce qui fragilise l’écosystème économique local.

Jean-Michel Lucenay insiste sur cette responsabilité collective :
« Nous devons travailler à lisser l’activité sur l’année. La connectivité aérienne est un levier direct pour l’économie, pour les hôtels, pour l’ensemble du tissu touristique. »
L’objectif 2026 n’est pas uniquement de croître, mais de « grandir sans grossir », en optimisant les infrastructures existantes et en attirant de nouveaux profils de clientèle.
2026 : transformer l’expérience passager
Le fil rouge 2026 est clair : améliorer l’expérience client.
L’aéroport entend agir sur trois leviers :
- l’image, avec des marqueurs plus affirmés de l’identité martiniquaise,
- la fluidité, grâce à la digitalisation,
- le confort, avec une montée en gamme de la restauration et des salons.
De nouvelles bornes libre-service et des dépose-bagages automatiques seront installés pour simplifier le parcours. Deux nouveaux salons sont également prévus : un salon multi-compagnies et un salon VIP, notamment pour les accueils diplomatiques.
L’objectif : transformer un temps perçu comme contraint en moment valorisé.
Décarbonation et résilience : un aéroport côtier face au changement climatique
La transition énergétique constitue l’autre pilier majeur.
Deuxième plus gros consommateur d’électricité de l’île, l’aéroport s’attaque de front à son empreinte carbone. Deux projets photovoltaïques vont déployer plus de 15 000 panneaux — sur les parkings en ombrières, sur les toitures des bâtiments — pour une production annuelle de 11,5 GWh. 85% sera autoconsommée, le reste injecté dans le réseau martiniquais. Investissement : 14 millions d’euros.
Mais l’enjeu dépasse la seule énergie. Situé en zone côtière, entouré de mangroves, l’aéroport engage des études d’adaptation au changement climatique, notamment face à la montée des eaux.
La plateforme entend conjuguer développement et respect de son écosystème.
Sûreté et facilitation : vers plus de fluidité et de contrôle
La sûreté reste un axe prioritaire.
Après le déploiement de plus d’une centaine de caméras en 2025, deux scanners millimétriques seront installés entre avril et juin 2026 afin de renforcer les contrôles.
Sylvain Lefoyer, directeur de la Sécurité de l’Aviation civile Antilles-Guyane, a détaillé le fonctionnement de ces équipements ainsi que l’arrivée de terminaux PARAFE destinés à fluidifier les contrôles aux frontières, à l’arrivée comme au départ.
Une plateforme au cœur de la stratégie territoriale
Plus qu’une infrastructure de transport, l’aéroport Martinique-Aimé-Césaire se positionne comme catalyseur de l’attractivité territoriale. Connectivité internationale renforcée, expérience passager transformée, décarbonation accélérée : la feuille de route 2026 dessine un aéroport qui ne se contente plus d’accueillir des flux, mais structure durablement le rayonnement de la Martinique.




