L’industrie de la croisière en Martinique s’oriente vers la création de valeur

La forte progression du trafic, l’essor du homeporting et le regain de confiance des compagnies de croisière renforcent la position de la Martinique sur le marché caribéen. Le prochain défi de l’île consiste désormais à générer davantage de valeur économique et à renforcer sa compétitivité à long terme.

Alors que la Martinique Cruise Association célèbre son 30e anniversaire, l’industrie de la croisière de l’île entre dans une nouvelle phase de développement. Après plusieurs années d’investissements et de croissance régulière, la Martinique affiche de solides performances et bénéficie d’une confiance renouvelée de la part des opérateurs de croisière. Pourtant, les acteurs du secteur s’accordent de plus en plus sur un point : l’avenir de la filière ne se jouera pas uniquement sur le nombre de passagers. Le véritable défi consiste désormais à créer davantage de valeur économique à chaque escale et à renforcer durablement la compétitivité de la destination.

La croissance de la croisière poursuit sa dynamique

Les derniers chiffres confirment la dynamique de croissance soutenue de l’industrie de la croisière en Martinique. Au cours de la saison 2025-2026, l’île a accueilli plus de 568 000 croisiéristes et enregistré 234 escales, tandis qu’environ 300 escales sont déjà annoncées pour la prochaine saison.

Ces résultats confortent la place grandissante de la Martinique dans une région qui demeure le deuxième marché mondial de la croisière, avec environ 12 millions de passagers par an et entre 36 % et 37 % du trafic mondial.

Si la Martinique reste un acteur relativement modeste à l’échelle régionale, occupant le 14e rang des destinations de croisière de la Caraïbe, l’île bénéficie aujourd’hui d’une confiance renouvelée des compagnies et d’une reconnaissance croissante en tant que destination attractive dans la région.

Bruno Mencé, directeur du Grand Port de la Martinique

Le homeporting s’impose comme un levier stratégique de développement économique

L’un des développements les plus marquants de ces dernières années est la forte progression du homeporting. La Martinique a accueilli plus de 155 000 passagers en embarquement et débarquement au cours de la saison 2023-2024, contre seulement 64 000 en 2015.

Pour l’île, le homeporting – c’est-à-dire l’utilisation de la Martinique comme port d’embarquement et de débarquement des passagers, et non plus seulement comme simple escale de transit – génère des retombées économiques qui dépassent largement le seul cadre de l’activité croisière. Contrairement aux passagers en transit, les voyageurs qui embarquent ou débarquent créent de la valeur dans de nombreux secteurs, notamment le transport aérien, l’hébergement, les transports terrestres, les excursions, le commerce et la restauration.

Cette réalité se reflète dans les niveaux de dépenses. Les dépenses associées au homeporting ont été multipliées par 3,3 au cours de la dernière décennie, faisant de ce segment l’un des plus puissants moteurs de création de valeur pour l’économie locale.

Le prochain défi : créer davantage de valeur par passager

L’industrie de la croisière a généré environ 40 millions d’euros de dépenses au cours de la saison 2023-2024, soit près du double du niveau enregistré dix ans plus tôt.

Pour autant, les acteurs de la filière reconnaissent qu’il subsiste d’importantes marges de progression.

La dépense moyenne s’élève à environ 70 euros par passager. Elle atteint 102 euros pour les passagers en embarquement et débarquement, mais tombe à environ 50 euros pour les passagers en transit. Ces niveaux demeurent inférieurs à ceux observés dans plusieurs destinations concurrentes de la Caraïbe.

L’enjeu n’est donc plus simplement d’accueillir davantage de visiteurs. La priorité consiste désormais à encourager une plus forte consommation locale et à accroître la valeur captée par le territoire.

Cela passe notamment par le développement de l’offre d’excursions, l’incitation des visiteurs à séjourner quelques jours en Martinique avant leur embarquement ou après leur débarquement, l’amélioration de l’accès à l’information et aux services numériques, ainsi qu’une meilleure valorisation des atouts culturels, historiques et gastronomiques de l’île.

L’objectif est de transformer la croissance de la croisière en retombées économiques plus importantes et mieux réparties.

Laurent Poyen, président et fondateur de Laurent Poyen Holding (LPH)

La compétitivité dépendra de la qualité de la destination et des choix stratégiques

La prochaine phase du développement de la croisière en Martinique dépendra également de la capacité de la destination à améliorer l’expérience globale des visiteurs.

Les représentants de la filière ont souligné l’importance d’investir dans la qualité de la destination à travers l’amélioration des infrastructures, de la signalétique, des espaces publics et de la professionnalisation des acteurs du tourisme. Renforcer la satisfaction des visiteurs et offrir une expérience fluide à terre sera indispensable si la Martinique souhaite maintenir sa trajectoire positive.

Dans le même temps, l’île se prépare à accueillir des navires de nouvelle génération et des unités premium, qui s’accompagnent d’exigences de plus en plus élevées de la part des passagers.

Les nouvelles contraintes réglementaires viennent également complexifier les perspectives. Les réglementations européennes en matière d’émissions, notamment le système ETS, créent des pressions supplémentaires sur les industries maritimes et de la croisière des territoires français de la Caraïbe. Dans un environnement régional de plus en plus concurrentiel, préserver l’attractivité de la destination tout en s’adaptant à ces contraintes nécessitera une action coordonnée entre les ports, les acteurs du tourisme et les pouvoirs publics.

Pour la Martinique, les prochaines années pourraient ainsi s’avérer décisives. L’île a démontré sa capacité à attirer les flux de croisière et à renforcer sa position sur le marché caribéen. Le défi qui s’ouvre désormais est plus ambitieux : transformer cette dynamique en une croissance durable et à forte valeur ajoutée, au bénéfice de la compétitivité de la destination comme de l’ensemble de l’économie martiniquaise.

Bénédicte Di Geronimo, présidente du Comité du tourisme de la Martinique

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