Le Guyana et la République dominicaine ont signé un accord bilatéral sur la durabilité dans l’aviation couvrant les carburants d’aviation durables, les unités carbone conformes au CORSIA et le financement climatique. L’accord du 30 septembre réunit la décarbonation des carburants et les mécanismes de marché carbone au sein d’un même cadre de coopération, tout en instaurant un groupe de travail annuel chargé de coordonner sa mise en œuvre.
Le ministre guyanais des Services publics et de l’Aviation, Deodat Indar, et Miguel Amaurys Mejía Capellán, directeur adjoint de l’Institut dominicain de l’aviation civile (IDAC), ont signé le protocole d’accord, qui est entré immédiatement en vigueur.
L’accord porte sur l’adoption des carburants d’aviation durables (SAF), la réduction des émissions de carbone et la mobilisation de financements climatiques. Il couvre également l’échange de connaissances techniques, le renforcement des capacités et le développement d’unités d’émissions éligibles conformes au CORSIA, les deux pays s’engageant à éviter le double comptage des réductions d’émissions dans le cadre de l’Accord de Paris.
SAF, unités carbone et financement réunis dans un même cadre
L’accord associe plusieurs outils qui répondent de différentes manières aux émissions de l’aviation. Les SAF peuvent réduire les émissions sur l’ensemble du cycle de vie associées aux carburants d’aviation, tandis que le Régime de compensation et de réduction de carbone pour l’aviation internationale, ou CORSIA, fournit un mécanisme fondé sur le marché pour traiter les émissions éligibles de l’aviation internationale.
Dans le cadre du CORSIA, les exploitants d’aéronefs soumis à des obligations de compensation doivent annuler une quantité équivalente d’unités d’émissions éligibles au CORSIA pour la période de conformité concernée. Les programmes fournissant ces unités sont évalués au regard de critères d’éligibilité approuvés par le Conseil de l’Organisation de l’aviation civile internationale.
L’accord entre le Guyana et la République dominicaine identifie également le financement climatique comme un moyen de soutenir les initiatives de décarbonation. Toutefois, le protocole d’accord n’annonce ni fonds bilatéral dédié, ni montant d’investissement, ni projet de production de SAF. Chaque pays financera ses propres activités dans le cadre de l’accord, tandis qu’un groupe de travail conjoint devrait se réunir chaque année.
Le Guyana apporte son expérience des marchés carbone
Le Guyana rejoint ce partenariat avec une expérience existante dans la mise en relation de son programme de carbone forestier avec le marché international de l’aviation.
En mars 2026, le gouvernement guyanais a indiqué que des crédits carbone forestiers avaient été vendus à 19 compagnies aériennes internationales au cours des 18 mois précédents. Le Guyana avait également reçu sa plus importante émission de crédits à ce jour dans le cadre du programme ART-TREES, représentant environ neuf millions de crédits.
Selon le gouvernement, ces crédits avaient obtenu le label CORSIA, les rendant éligibles à une utilisation par les compagnies aériennes dans le cadre du dispositif. Cette expérience donne au pays un lien concret avec l’un des mécanismes désormais intégrés à l’accord bilatéral sur l’aviation.
Le nouveau protocole d’accord n’établit toutefois pas de marché bilatéral de crédits carbone et n’engage pas les crédits guyanais au bénéfice des compagnies aériennes dominicaines. Il crée plutôt un cadre permettant aux deux parties de coopérer au développement d’unités éligibles, au renforcement des capacités techniques et à l’intégrité environnementale.
La République dominicaine fait progresser sa feuille de route sur les SAF
La République dominicaine apporte au partenariat une expérience dans un autre domaine. L’IDAC a déjà établi une feuille de route visant à développer les carburants d’aviation durables ainsi que d’autres solutions énergétiques à plus faible intensité carbone pour le secteur aérien.
Pour 2027, cette feuille de route prévoit des travaux sur une chaîne de valeur des SAF conforme aux normes de durabilité reconnues, comprenant notamment des essais et de la production. Elle prévoit également des incitations susceptibles de créer une demande nationale et internationale suffisante pour soutenir un centre de production de carburants alternatifs pour l’aviation dans le pays.
Le rapport institutionnel 2025 de l’IDAC faisait état d’un avancement moyen de 45 % de son pilier SAF. L’agence a recensé six réunions techniques de son groupe de travail sur les SAF, des travaux consacrés à un réseau dominicain de recherche et développement sur les biocarburants, ainsi qu’une étude portant sur les matières premières et les obstacles à la production locale de SAF. Le même rapport faisait état d’un avancement de 33 % du pilier CORSIA.
Le cadre bilatéral relie ainsi deux axes de décarbonation de l’aviation déjà en développement : l’expérience du Guyana avec les unités de carbone forestier liées au CORSIA et les travaux de la République dominicaine sur la politique relative aux SAF et leur production potentielle. La prochaine étape dépendra de la manière dont le groupe de travail annuel transformera ces capacités existantes en programmes techniques conjoints, en possibilités de financement et en projets pouvant être concrètement mis en œuvre.



