Puerto Quetzal a abordé 2025 sur une base de volumes plus solide, mais l’aspect le plus révélateur de ses performances récentes se situe au-delà de la croissance affichée. En 2024, le trafic total a atteint 19,16 millions de tonnes métriques, bouées de San José incluses, soit une hausse de 8 % sur un an, tandis que le trafic conteneurisé a progressé de 7 % pour atteindre 716 640 TEU. Pourtant, sur ce même périmètre élargi, le nombre de navires traités a reculé de 7 %, à 1 371.
Pour Puerto Quetzal, ce contraste révèle une évolution du profil opérationnel : davantage de marchandises transitent par le système, mais avec moins d’escales de navires.
La croissance repose sur une plus forte intensité de fret
Cette tendance dépasse le seul chiffre global. Hors bouées de San José, le trafic a progressé de 10 % pour atteindre 15,83 millions de tonnes en 2024. Au quai commercial, les volumes ont augmenté de 4 %, à 8,29 millions de tonnes. Dans les deux cas, il s’agit des niveaux les plus élevés de la série 2019–2024 publiée par l’Empresa Portuaria Quetzal (EPQ).
L’activité des navires a évolué dans le sens inverse. Sur l’ensemble du périmètre couvrant l’EPQ et les bouées de San José, le nombre de navires traités est passé de 1 468 en 2023 à 1 371 en 2024. Hors bouées, il a reculé de 1 243 à 1 151.
Un calcul simple fondé sur les totaux publiés par l’EPQ permet de mieux mesurer ce contraste. Sur le périmètre élargi, le tonnage moyen par navire traité est passé d’environ 12 053 tonnes en 2023 à 13 972 tonnes en 2024, soit une hausse de près de 16 %.
Cela ne constitue pas une preuve d’une amélioration de la productivité des terminaux. Les données publiées ne renseignent ni la taille des navires, ni leurs taux de chargement, ni les performances à quai, ni la composition des cargaisons à l’échelle de chaque escale. Des navires plus grands, des escales avec des volumes plus importants ou une évolution du mix de marchandises peuvent tous influencer ce ratio.
La tendance n’en reste pas moins notable. La croissance enregistrée par Puerto Quetzal en 2024 ne s’est pas accompagnée d’une augmentation du nombre d’escales. Elle s’est traduite par une plus forte intensité de fret sur les escales recensées par le système portuaire.
La croissance globale masque une composition des flux commerciaux très inégale
La deuxième évolution apparaît dans la composition des tonnages.
Les importations ont atteint 17,63 millions de tonnes en 2024, en hausse de 9 % par rapport à l’année précédente et d’environ 19 % par rapport à 2019. Les exportations, en revanche, ont reculé de 1 % pour s’établir à 1,53 million de tonnes, après avoir déjà fortement diminué en 2023.
Il en résulte un profil de flux très déséquilibré. En tonnage, les importations étaient environ 11,5 fois supérieures aux exportations en 2024.
Cela ne signifie pas qu’un déséquilibre équivalent existe dans les flux de conteneurs. La série agrégée de tonnage de l’EPQ couvre différentes catégories de marchandises, et les graphiques disponibles ne fournissent pas suffisamment de détails pour transposer directement cet écart aux mouvements de conteneurs chargés.
Cette distinction reste néanmoins importante. Le trafic record de Puerto Quetzal ne résulte pas d’une croissance uniforme des flux entrants et sortants. L’expansion de 2024 a été très largement portée par les importations.
Les conteneurs ajoutent une autre dimension à cette évolution. Le trafic a atteint un sommet de 716 640 TEU sur la période étudiée, mais la trajectoire a été loin d’être linéaire : hausse de 17 % en 2021, baisse de 15 % en 2022, rebond de 23 % en 2023, puis nouvelle progression de 7 % en 2024.
En 2024, les volumes conteneurisés se situaient ainsi environ 36 % au-dessus de leur niveau de 2020. La trajectoire de long terme fait donc apparaître une expansion substantielle, mais aussi une reprise marquée par de fortes variations d’une année sur l’autre plutôt que par une croissance ininterrompue.
Les premières données de 2025 complexifient le tableau
Les dix premiers mois de 2025 suggèrent que la prochaine phase pourrait ne pas simplement reproduire la dynamique observée en 2024.
À fin octobre, le trafic total, bouées de San José incluses, avait atteint 16,64 millions de tonnes. Hors bouées, il s’établissait à 13,97 millions de tonnes, tandis que le trafic conteneurisé atteignait 590 376 TEU.
Ces données partielles doivent être interprétées avec prudence. Elles ne peuvent être comparées mécaniquement aux chiffres de l’ensemble de l’année 2024.
Les exportations se distinguent toutefois nettement. À fin octobre 2025, Puerto Quetzal avait traité 1,93 million de tonnes de marchandises à l’exportation, soit déjà environ 26 % de plus que le total enregistré sur l’ensemble de l’année 2024 et un niveau supérieur à celui de toute l’année 2023.
Il s’agit d’une rupture significative par rapport à la tendance récente. Toutefois, les statistiques disponibles ne précisent pas quelles marchandises ont porté cette progression, ce qui empêche de déterminer si ce rebond traduit une évolution généralisée des flux sortants ou une modification plus concentrée du mix de marchandises.
Pour les compagnies maritimes, les opérateurs de terminaux et les acteurs du fret, c’est précisément sur ce point que la trajectoire de Puerto Quetzal devient plus intéressante que le seul record de tonnage. Le port traite davantage de marchandises avec moins d’escales, tandis que l’équilibre entre la croissance des flux entrants et sortants pourrait également commencer à évoluer.
La question de savoir si cette évolution est structurelle dépendra de ce que révéleront les prochaines données.



