Les dirigeants de la croisière adressent un avertissement clair sur les taxes et redevances passagers

Dans l’ensemble de la Caraïbe et de l’Amérique latine, les discussions autour des taxes passagers et des redevances portuaires appliquées à l’industrie croisière semblent entrer dans une phase plus sensible.

Le dernier numéro du Travel & Cruise Magazine publié par la Florida-Caribbean Cruise Association (FCCA) fait à plusieurs reprises référence aux préoccupations exprimées par les dirigeants des compagnies de croisière face à la pression fiscale croissante exercée sur le secteur, alors que plusieurs destinations envisagent d’augmenter les charges appliquées aux passagers afin de financer infrastructures, systèmes touristiques et services publics.

Dans le même temps, la publication met également en lumière une réalité plus large à laquelle font face les destinations de la région : la croissance de la croisière nécessite désormais des investissements importants dans les ports, les transports, la sécurité, la gestion des visiteurs et les infrastructures touristiques — autant d’éléments qui exercent une pression croissante sur les finances publiques.

Il en résulte une conversation plus complexe entre destinations et opérateurs croisière, où le débat ne porte plus uniquement sur les taxes elles-mêmes, mais aussi sur la manière dont la valeur économique générée par la croisière est répartie, mesurée et maintenue sur le long terme.

Les opérateurs croisière présentent de plus en plus la compétitivité comme un enjeu régional

L’un des messages les plus récurrents dans la publication concerne les inquiétudes du secteur face aux augmentations excessives ou imprévisibles des taxes liées aux passagers.

Lors du FCCA Cruise Conference & Trade Show organisé à Porto Rico, des dirigeants de plusieurs grandes compagnies ont averti que des hausses soudaines des taxes et redevances pourraient influencer les décisions de déploiement des navires et modifier la planification des itinéraires dans la région.

Le sujet est revenu à plusieurs reprises dans les échanges entre dirigeants. Plusieurs intervenants ont rappelé que le déploiement des navires reste extrêmement sensible aux coûts opérationnels, particulièrement dans une région où les destinations sont directement en concurrence pour attirer escales et volumes de passagers.

Les dirigeants ont également mis en garde contre une vision consistant à considérer la croisière comme une source de revenus illimitée. La publication évoque les préoccupations de l’industrie face au fait que certains gouvernements considèrent de plus en plus les opérateurs croisière comme une « tirelire », alors que les destinations cherchent à capter une part plus importante des revenus touristiques.

Sans aller jusqu’à une confrontation directe, le message reste constant tout au long du magazine : les compagnies indiquent clairement que la compétitivité de long terme dépend d’environnements fiscaux stables et coordonnés.

Cette préoccupation prend encore plus d’importance lorsqu’elle est replacée dans le contexte des cycles d’investissement de l’industrie. Les compagnies engagent des milliards de dollars dans l’expansion de flotte, les partenariats avec les destinations et les infrastructures plusieurs années à l’avance, ce qui rend la prévisibilité et la visibilité opérationnelle de long terme de plus en plus essentielles dans les décisions de déploiement.

Les destinations font simultanément face à des pressions financières croissantes

Dans le même temps, la publication illustre indirectement pourquoi de nombreuses destinations réévaluent leurs modèles de taxation appliqués à la croisière.

Dans toute la Caraïbe, la croissance du tourisme de croisière nécessite désormais :

  • des ports modernisés ;
  • des systèmes de transport élargis ;
  • des infrastructures touristiques
  • des dispositifs de gestion environnementale ;
  • des opérations de sécurité ;
  • et des services aux visiteurs.

Plusieurs destinations mises en avant dans le magazine investissent activement dans des projets de modernisation portuaire et d’amélioration touristique destinés à renforcer leur compétitivité et l’expérience passager.

La stratégie croisière de la Jamaïque, par exemple, est présentée à travers de nouveaux investissements et des améliorations infrastructurelles. Les développements portuaires à St. Maarten, Puerto Plata ou encore les projets de destinations privées illustrent également l’intensification capitalistique du secteur croisière.

Pour de nombreux gouvernements, les taxes passagers et les redevances touristiques ne représentent donc pas uniquement des opportunités de recettes, mais des mécanismes de financement directement liés au maintien de leur compétitivité.

Cela crée une tension structurelle de plus en plus visible dans la publication :
les destinations ont besoin d’investissements infrastructurels pour rester attractives, tandis que les compagnies avertissent simultanément que la hausse des coûts opérationnels pourrait affecter l’économie du déploiement des navires.

Le débat dépasse désormais largement la seule question des taxes passagers

L’une des interventions les plus détaillées sur le sujet provient d’Alexander Gumbs, CEO de Port St. Maarten Group.

En évoquant l’économie régionale de la croisière, Gumbs a exprimé ses inquiétudes face au fait que certaines destinations caribéennes se concentrent trop fortement sur l’augmentation des taxes passagers sans prendre pleinement en compte la contribution économique plus large générée par l’activité croisière.

« I think at times the item or the topic is looked at with blinders on », explique-t-il, estimant que les discussions ne prennent pas suffisamment en considération la circulation plus large des dépenses liées à la croisière dans les économies locales.

Prenant l’exemple de St. Maarten, il rappelle que les passagers croisière — qui passent en moyenne environ cinq heures sur l’île — génèrent près de 163 dollars de dépenses par personne. Selon Gumbs, les dépenses horaires générées par les croisiéristes pourraient même dépasser celles des touristes en séjour lorsqu’elles sont rapportées au temps effectivement passé sur l’île.

Son analyse ne rejette pas la fiscalité en elle-même. Elle suggère plutôt que les destinations pourraient générer davantage de retombées à long terme en se concentrant plus agressivement sur :

  • les opportunités de dépenses passagers ;
  • les expériences différenciées ;
  • et la circulation économique au sein des entreprises locales.

Sans mise en valeur « de toute la profondeur des expériences ou des opportunités uniques » disponibles, les destinations risqueraient selon lui de « laisser de l’argent sur la table ».

Cette approche élargit le débat bien au-delà des seules taxes et l’oriente vers des questions plus larges autour :

  • du rendement touristique ;
  • de la conversion des visiteurs ;
  • de la rétention économique ;
  • et de la création de valeur locale.

L’industrie pousse également vers davantage de coordination politique

Un autre signal important de la publication concerne l’importance croissante de la coordination entre industrie et gouvernements autour des politiques fiscales.

Daniel S. Farkas, dirigeant de Norwegian Cruise Line Holdings, cite l’implication de la FCCA dans les discussions autour de la taxe passagers envisagée par le Mexique comme un exemple de négociation collaborative entre compagnies et autorités publiques.

Selon Farkas, les discussions entre acteurs industriels et gouvernements ont permis de construire une approche progressive conciliant les besoins de financement des destinations avec les enjeux de compétitivité des itinéraires.

Cet exemple est important car il montre que l’industrie croisière semble désormais aborder les questions fiscales non plus seulement à travers le lobbying, mais dans une logique de partenariat de long terme autour :

  • de la planification opérationnelle ;
  • de la viabilité des déploiements ;
  • et de la stabilité économique régionale.

La publication présente régulièrement la FCCA comme une plateforme de coordination facilitant ces échanges entre destinations, compagnies et acteurs touristiques.

L’économie croisière caribéenne entre peut-être dans une phase plus stratégique

Pris dans leur ensemble, les éléments du magazine suggèrent que l’industrie croisière régionale pourrait entrer dans une phase plus délicate de son évolution économique.

La croisière continue de générer une activité économique massive. Selon l’étude 2024 Global Economic Impact Study de la CLIA citée dans le magazine, le secteur a généré :

  • 198,8 milliards de dollars d’impact économique mondial,
  • 98,5 milliards de dollars de contribution au PIB mondial ;
  • et 1,7 million d’emplois dans le monde.

Dans le même temps, la publication montre que la répartition de ces bénéfices devient un enjeu politique et économique de plus en plus important dans la Caraïbe et en Amérique latine.

Les destinations cherchent désormais :

  • des retombées économiques plus importantes ;
  • des financements infrastructurels ;
  • et une durabilité touristique de long terme.

De leur côté, les compagnies continuent d’insister sur la flexibilité des déploiements, la compétitivité opérationnelle, la prévisibilité des investissements et la planification collaborative.

Le magazine ne suggère pas qu’une confrontation entre destinations et compagnies soit inévitable. En revanche, il montre de plus en plus un environnement régional où fiscalité, compétitivité et financement des infrastructures deviennent des enjeux stratégiques étroitement liés.

À mesure que la croissance croisière se poursuit dans la Caraïbe, le débat pourrait progressivement se déplacer : non plus autour de la question de savoir si les destinations doivent capter davantage de valeur du tourisme, mais plutôt autour de la manière dont cette valeur peut être élargie et mieux répartie sans affaiblir la compétitivité qui a justement permis la croissance régionale de la croisière.

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