Le Grand Port Maritime de Guadeloupe (GPMG) a clôturé l’année 2025 sur des volumes globalement stables. Derrière cette apparente continuité, plusieurs signaux structurels indiquent toutefois un port engagé dans une phase de repositionnement régional plus affirmée.
Selon les chiffres officiels publiés par l’autorité portuaire, le trafic total de marchandises a atteint 3,4 millions de tonnes, en hausse de 2 % en glissement annuel. Le nombre d’escales commerciales progresse de 6 %, avec 1 117 navires enregistrés. Le trafic conteneurisé s’établit à 207 000 TEUs, également en augmentation de 2 %. Surtout, les volumes de transbordement bondissent de 13 %, atteignant 40 000 TEUs — un indicateur à analyser à l’échelle du bassin caribéen.
Un tonnage stable, des signaux stratégiques plus discrets
À première vue, 2025 s’inscrit dans la continuité de 2024. Le tonnage global demeure modeste à l’échelle régionale, mais stable. Or, dans un environnement caribéen hautement concurrentiel, la stabilité constitue en soi un indicateur significatif.
La progression de 13 % du transbordement traduit un renforcement de l’intégration du port dans les réseaux maritimes régionaux. Si la Guadeloupe ne se positionne pas comme hub principal à l’instar de Kingston ou Caucedo, la hausse des volumes de transbordement suggère une utilisation croissante du port dans les stratégies de rotation des armateurs.
Les marchandises conteneurisées représentent 48 % du trafic total, les vracs liquides 23 % et les vracs solides 22 %. Cette structure équilibrée confère une certaine résilience opérationnelle, tout en reflétant une dépendance significative aux flux d’importation.
La hausse des matériaux de construction, reflet d’une dynamique économique interne
L’un des faits marquants de 2025 réside dans l’augmentation des importations liées au secteur du BTP. Les produits associés à la construction atteignent 511 000 tonnes, soit une progression de 53 % par rapport à l’année précédente.
Les granulats représentent 68 % de ce segment, tandis que le clinker en constitue 29 %. Cette accélération suggère une intensification ou une reprise soutenue de l’activité d’infrastructure et de construction dans l’archipel, positionnant le port comme un baromètre direct de la dynamique économique locale.
À l’inverse, les produits énergétiques enregistrent un net recul. Leur trafic chute de 22 % pour s’établir à 357 000 tonnes, reflétant possiblement des ajustements de stocks, des effets liés à la transition énergétique ou une normalisation de la demande après des périodes de volatilité.
Les produits agricoles demeurent relativement stables, avec une progression modérée de 4 %.
Terminal de Jarry : extension de capacité et modernisation opérationnelle
La modernisation des infrastructures reste au cœur de la feuille de route stratégique du port.
En juillet 2025, le terminal de Jarry à Baie-Mahault a été équipé de trois nouveaux portiques de quai, conçus pour accueillir des navires de plus grande capacité et améliorer la performance opérationnelle. Ces investissements visent à densifier les capacités de stockage, fluidifier les flux logistiques et adapter le port à un environnement maritime mondial dominé par des navires de plus en plus capacitaires.
L’autorité portuaire confirme également la poursuite des grands chantiers inscrits dans le plan stratégique 2024–2028, incluant l’extension du quai 12 (prévue pour 2027) et l’achèvement de l’aménagement du site de Jarry Sud en 2026.
Au total, près de 230 millions d’euros d’investissements sont programmés sur la période stratégique.
Dans un entretien accordé à Guadeloupe La 1ère, le directeur général Jean-Pierre Chalus a précisé que la modernisation des infrastructures de quai vise à accueillir des navires à plus fort tirant d’eau et à plus grande largeur, afin de maintenir l’attractivité du port auprès des « grandes compagnies maritimes ».
Cette orientation traduit une stratégie à la fois défensive et prospective dans un environnement caribéen concurrentiel.
Trafic passagers : repli quantitatif, évolution qualitative
Le trafic passagers atteint 1,1 million de voyageurs en 2025, soit une légère baisse de 3 %. L’activité croisière enregistre 125 escales, également en recul de 3 %. Toutefois, selon les déclarations de Jean-Pierre Chalus à RCI Guadeloupe, le marché évolue structurellement : les navires faisant escale en Guadeloupe sont plus grands et affichent des taux de remplissage plus élevés.
Environ 52 % du trafic croisière correspond à des escales en transit, contre 48 % pour des opérations de tête de ligne (homeporting). Cette répartition reflète un positionnement équilibré mais sensible au sein de l’écosystème régional de la croisière.
Les liaisons maritimes inter-îles connaissent en revanche une année plus contrastée, certains opérateurs ayant rencontré des difficultés opérationnelles entraînant une réduction de l’offre de services.
Sécurité et pressions concurrentielles
Au-delà des volumes, la sécurité portuaire demeure un enjeu stratégique. Dans ses interventions auprès des médias locaux, Jean-Pierre Chalus a évoqué le renforcement des dispositifs de contrôle et de surveillance en réponse aux enjeux liés aux trafics illicites, en coordination avec les autorités de l’État.
Dans le bassin caribéen, où les routes maritimes constituent à la fois des axes économiques majeurs et des corridors sensibles en matière de sécurité, la capacité à concilier fluidité des flux et contrôle rigoureux conditionne la compétitivité à long terme.
Préparer 2026 : consolidation ou repositionnement régional ?
Les résultats de 2025 dessinent le profil d’un port stable mais en mutation. Si les volumes globaux demeurent modérés, la progression du transbordement, la forte hausse des matériaux de construction et l’ampleur des investissements engagés indiquent que le Grand Port Maritime de Guadeloupe s’inscrit dans une logique d’adaptation structurelle plutôt que dans une simple continuité.
Les prochaines années permettront de mesurer si ces investissements se traduiront par une intégration renforcée au sein des alliances maritimes régionales et par une compétitivité accrue face aux ports voisins de la Caraïbe. Pour l’heure, le message est clair : derrière la stabilité apparente des volumes, une recalibration stratégique est en cours.



