La croissance du trafic aérien en Amérique latine et dans les Caraïbes a nettement ralenti en avril 2026, mettant fin à un premier trimestre particulièrement dynamique, marqué par des taux de croissance mensuels systématiquement supérieurs à 6 %. Pourtant, derrière ces chiffres de premier plan, les dernières données révèlent une tendance structurelle qui s’affirme de plus en plus : la demande à l’intérieur de la région progresse désormais plus rapidement que celle à destination des marchés extérieurs.
Selon le dernier ALTA Traffic Report, le trafic passagers total a atteint 39,2 millions de voyageurs en avril, soit une hausse de 1,0 % par rapport au même mois de l’année précédente. Bien qu’il s’agisse d’un ralentissement notable par rapport au rythme observé plus tôt dans l’année, la région a tout de même accueilli près de 392 000 passagers supplémentaires par rapport à avril 2025.
Le tableau d’ensemble reste néanmoins positif. Entre janvier et avril, le trafic en Amérique latine et dans les Caraïbes a progressé de 5,0 %, atteignant 166,8 millions de passagers, soit près de 7,9 millions de voyageurs supplémentaires par rapport à la même période de l’an dernier.
La demande intra-régionale continue de surperformer
L’un des principaux enseignements des données d’avril est la vigueur persistante de la connectivité intra-régionale.
Le trafic entre les pays d’Amérique latine et des Caraïbes a progressé de 6,2 % sur un an en avril, largement au-dessus de la moyenne régionale. Le trafic domestique a augmenté plus modestement de 0,8 %, tandis que le trafic extra-régional a reculé de 0,4 %.
La tendance est encore plus marquée lorsque l’on examine les quatre premiers mois de l’année. Le trafic intra-régional a progressé de 9,7 %, contre une hausse de 5,6 % sur les marchés domestiques et seulement 2,4 % sur les liaisons reliant la région au reste du monde.
Parmi les 7,9 millions de passagers supplémentaires transportés dans la région depuis le début de l’année, environ 6,6 millions ont voyagé sur des lignes domestiques ou intra-régionales. Ces chiffres suggèrent que l’Amérique latine et les Caraïbes génèrent de plus en plus leur propre croissance du trafic, réduisant progressivement leur dépendance aux marchés long-courriers comme principale source d’expansion.
Cette dynamique se reflète également dans les performances opérationnelles. Les Revenue Passenger Kilometers (RPK) sur les routes intra-régionales ont augmenté de 11,5 % en avril, tandis que les coefficients de remplissage ont progressé de quatre points de pourcentage, traduisant à la fois une demande plus soutenue et une meilleure utilisation des capacités aériennes au sein de la région.
Le Panama s’impose comme le principal moteur de croissance de la région
La géographie de la croissance a également évolué de manière significative en avril.
Contrairement au premier trimestre, durant lequel le Brésil avait représenté une part importante de l’expansion régionale, le Panama est devenu le premier contributeur à la croissance du trafic. Le pays a enregistré 1,86 million de passagers, soit une augmentation de 14,3 % par rapport à avril 2025.
Cette performance a été soutenue par une forte demande sur les liaisons reliant le Panama aux États-Unis, au Mexique et au Brésil. Le trafic entre le Panama et le Mexique a progressé de 21 %, tandis que celui avec le Brésil a augmenté de 17 %.
Ces résultats confirment le rôle du Panama comme l’un des principaux hubs de connectivité de la région. Selon ALTA, le Panama est le seul grand marché d’Amérique latine et des Caraïbes à avoir maintenu une croissance supérieure à 14 % durant chacun des quatre premiers mois de l’année.
La Colombie a également affiché des résultats solides, avec une croissance de 4,6 % et plus de 200 000 passagers supplémentaires par rapport à avril 2025. La progression est restée particulièrement soutenue sur les lignes domestiques ainsi que sur les marchés régionaux internationaux, notamment avec le Brésil et l’Argentine.
Le Brésil et le Mexique perdent de leur élan
Le ralentissement de la croissance régionale s’explique en grande partie par les performances plus faibles de deux des plus grands marchés aériens de la région.
Le Brésil, premier marché aérien d’Amérique latine, n’a enregistré qu’une croissance de 1,8 % en avril. Bien que le résultat reste positif, il représente un net ralentissement par rapport aux taux de croissance à un ou deux chiffres observés entre janvier et mars.
Le Mexique a connu un mois encore plus difficile. Le trafic passagers total y a reculé de 3,5 %, avec une faiblesse visible à la fois sur les segments domestiques et internationaux. Le marché Mexique–États-Unis, premier corridor international du pays, s’est contracté de 5,6 % au cours des quatre premiers mois de l’année.
Le Chili a également continué de rencontrer des difficultés, enregistrant un neuvième mois consécutif de recul du trafic.
Ces évolutions suggèrent que la croissance régionale est de moins en moins concentrée sur ses plus grands marchés traditionnels et repose de plus en plus sur des pôles de croissance secondaires et sur les flux intra-régionaux.
La hausse des coûts accentue la pression sur les compagnies aériennes
Dans le même temps, les compagnies aériennes de la région évoluent dans un environnement opérationnel plus difficile.
Les prix du carburant demeurent l’une des principales préoccupations. En avril, le prix du carburant aérien était supérieur de 41 % à celui observé un an plus tôt au Brésil et jusqu’à 60 % plus élevé au Mexique. Selon ALTA, le prix moyen du carburant aviation en Amérique latine et dans les Caraïbes a atteint environ 3,5 dollars américains par gallon à la fin du mois de mai, soit près de 60 % de plus que la moyenne enregistrée en 2025.
L’impact commence déjà à se faire sentir sur les prix des billets. Au Brésil, l’indice des prix à la consommation pour le transport aérien a progressé de 23,2 % sur un an, tandis que les tarifs domestiques moyens, corrigés de l’inflation, ont augmenté de 9 %.
À mesure que les coûts opérationnels augmentent, les compagnies aériennes pourraient avoir davantage de difficultés à maintenir leur croissance sans répercuter une partie de ces coûts supplémentaires sur les passagers, notamment sur les marchés les plus sensibles aux prix.
La connectivité demeure la principale force de la région
Malgré le ralentissement observé en avril, les fondamentaux du marché aérien régional restent relativement solides.
Les plus fortes progressions continuent de provenir des liaisons entre les pays d’Amérique latine et des Caraïbes, tandis que des hubs comme le Panama renforcent leur rôle au sein du réseau régional. Bien que la hausse des coûts du carburant et les performances plus modestes de grands marchés comme le Brésil et le Mexique créent de nouveaux défis, la demande de connectivité régionale continue de croître à un rythme largement supérieur à la moyenne du marché.
Pour les compagnies aériennes, les aéroports et les décideurs publics, les résultats d’avril mettent en évidence une réalité de plus en plus claire : la future croissance de l’aviation en Amérique latine et dans les Caraïbes dépendra probablement moins de l’expansion long-courrier que du renforcement du propre réseau de connexions de la région.



