Curaçao place désormais son secteur maritime au cœur d’une stratégie plus large de redéveloppement économique, avec la zone Dok–BuskaBaai qui s’impose comme l’un des projets industriels et logistiques les plus ambitieux de l’île depuis plusieurs années.
Les récentes discussions relayées par Caribbean Maritime Magazine montrent que le gouvernement, les entités publiques et les acteurs privés du secteur maritime s’alignent désormais autour d’une vision de long terme qui dépasse largement une simple expansion portuaire.
L’objectif n’est pas uniquement de moderniser les infrastructures maritimes. Curaçao cherche à construire un cluster maritime et industriel intégré capable de soutenir simultanément les activités de shiprepair, la logistique, l’économie circulaire, les services environnementaux et l’attractivité des investissements futurs.
Un repositionnement stratégique vers le développement maritime et industriel
Pendant des années, de nombreuses économies maritimes caribéennes se sont principalement concentrées sur le trafic cargo, le tourisme de croisière ou les activités de transbordement. La stratégie émergente de Curaçao marque une approche industrielle plus diversifiée.
Le projet de redéveloppement Dok–BuskaBaai est présenté comme un écosystème maritime multisectoriel conçu pour connecter : shiprepair, logistique, services portuaires, activités industrielles, traitement environnemental et développement d’entreprises orientées vers l’innovation.
Ce positionnement reflète une tendance régionale plus large dans laquelle les territoires caribéens considèrent de plus en plus les infrastructures maritimes non seulement comme des infrastructures de transport, mais aussi comme des plateformes de résilience industrielle et de diversification économique.
Le projet s’inscrit également dans l’agenda plus global de modernisation économique de Curaçao et dans les efforts de long terme de l’île visant à renforcer sa compétitivité, sa capacité d’exécution et son attractivité pour les investisseurs.
La coordination public-privé devient centrale
L’un des aspects les plus marquants de l’initiative BuskaBaai réside dans le niveau de coordination institutionnelle actuellement mis en place autour du projet.
La récente création de la Programmatische Maritieme Tafel (PMT) réunit ministères, entités publiques et acteurs privés du maritime autour d’un cadre stratégique commun.
Parmi les participants figurent notamment :
- Curaçao Ports Authority,
- CDM Holding,
- BuskaBaai NV,
- Blue Harbour City,
- des opérateurs logistiques et maritimes,
- ainsi que des représentants du secteur liés à la Curaçao Maritime Association.
Cette structure revêt une importance particulière car la fragmentation institutionnelle a longtemps constitué l’un des principaux freins au développement maritime dans plusieurs territoires caribéens. Les priorités concurrentes entre institutions, les lenteurs administratives et le manque de coordination ralentissent souvent l’exécution des projets.
Le modèle PMT semble précisément conçu pour réduire ces obstacles en alignant planification des infrastructures, développement industriel et discussions autour des investissements maritimes dans un cadre plus centralisé.
Le shiprepair et l’économie circulaire comme piliers stratégiques
Le shiprepair devrait devenir l’un des piliers centraux de la stratégie de redéveloppement.
Alors que Curaçao approchera les 100 ans d’activité de shiprepair en 2026, l’île cherche à se repositionner dans un paysage maritime régional en mutation où les capacités de maintenance, les services techniques et la spécialisation industrielle pourraient devenir de plus en plus stratégiques.
Le projet intègre également des objectifs liés à l’économie circulaire, notamment autour du traitement environnemental et de la gestion des déchets maritimes.
L’implication de Falcon International BV dans le traitement des huiles usées et des eaux de cale reflète la pression croissante exercée sur les juridictions maritimes caribéennes pour renforcer leur conformité MARPOL et leur crédibilité environnementale.
Cette dimension environnementale devient désormais également un enjeu commercial, alors que les opérateurs du shipping mondial font face à des exigences de durabilité plus strictes et accordent une attention croissante aux standards environnementaux des ports qu’ils utilisent.
Une expansion des infrastructures pensée dans une logique de long terme
Le redéveloppement de BuskaBaai n’est pas présenté comme un simple projet d’infrastructure à court terme.
Selon les parties prenantes impliquées dans l’initiative, le plan de long terme prévoit :
- une augmentation des capacités portuaires ;
- la modernisation des opérations de shipyard ;
- le développement d’un cluster industriel ;
- la croissance des activités logistiques ;
- ainsi que d’éventuelles améliorations écologiques liées à la réouverture de certaines sections de BuskaBaai vers la mer.
Les acteurs du projet indiquent également que cette stratégie de développement pourrait, à terme, accroître d’environ 30 % les capacités portuaires de Curaçao.
Plus encore, l’initiative traduit un effort plus large de repositionnement stratégique.
Plutôt que de concurrencer uniquement sur les volumes cargo, Curaçao semble chercher à devenir une plateforme de services maritimes plus diversifiée capable de soutenir plusieurs dimensions de l’activité maritime régionale.
Un signal plus large pour le secteur maritime caribéen
Le projet BuskaBaai met également en lumière une transformation plus large actuellement à l’œuvre dans certaines parties de l’industrie maritime caribéenne.
Les ports ne sont plus considérés uniquement comme des points d’entrée pour les importations et exportations. Ils sont de plus en plus intégrés dans des stratégies industrielles, environnementales et logistiques plus vastes liées à la résilience économique et à la compétitivité de long terme.
Pour les petites économies insulaires confrontées à la hausse des coûts du shipping, aux incertitudes géopolitiques et aux pressions liées à la transition énergétique, les infrastructures maritimes deviennent progressivement des outils stratégiques de développement plutôt que de simples actifs de transport.
Reste à voir si Curaçao parviendra à concrétiser pleinement ses ambitions. Mais une chose apparaît déjà clairement : l’avenir de la compétitivité maritime caribéenne dépendra probablement moins d’opérations portuaires isolées que de la capacité à construire des écosystèmes maritimes intégrés capables d’attirer les investissements, de soutenir l’industrie et de s’adapter à un environnement mondial du shipping en pleine évolution.



